JOURNÉE MONDIALE DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ
À l’approche du 17 octobre, les initiatives de sensibilisation se multiplient à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la pauvreté. Avec son Community Lab, Vincent de Paul explore une autre voie. Pas de cri d’alarme ni de demande de moyens supplémentaires, mais une réflexion citoyenne autour d’une question essentielle : comment changer ensemble notre regard sur la pauvreté et sur l’aide sociale ?
Une société sous pression
Le contexte est particulièrement révélateur. En ce temps d’exercices budgétaires tendues, la Belgique traverse une période où la pression s’accentue à la fois sur les personnes en situation de précarité et sur les organisations qui les accompagnent.
Depuis les dernières réformes, les personnes qui perdent leur allocation sans retrouver d’emploi se tournent souvent vers le CPAS. Celui-ci doit les accompagner vers davantage d’autonomie et vers l’emploi, tout en faisant face à une pression croissante sur ses propres moyens et capacités d’activation. Les grands enjeux sociaux se jouent ainsi de plus en plus près du terrain, au niveau des pouvoirs et du tissu associatif locaux.
Pour des organisations comme Vincent de Paul, cela signifie aussi redoubler d’efforts. Lorsque la pauvreté progresse et que les services publics sont sous pression, l’aide matérielle redevient, pour beaucoup, une véritable bouée de sauvetage. Tout comme l’engagement bénévole: pas pour remplacer la protection sociale ou le travail social professionnel, et encore moins pour justifier un désengagement des pouvoirs publics. Mais comme une couche de solidarité supplémentaire, qui permet d’être aidé non seulement par un système, mais aussi par d’autres personnes.
Un colis alimentaire, une épicerie sociale, un coup de main pour remplir un document ou simplement quelqu’un qui prend le temps d’écouter : rien de tout cela ne résout la pauvreté structurelle. Mais cela peut éviter qu’une personne ne sombre davantage. Et cela peut aussi être le premier pas vers un retour dans la communauté. C’est précisément là que Vincent de Paul voit une force positive, parfois sous-estimée dans le débat sur la pauvreté. Les personnes ne sont pas seulement des bénéficiaires. Elles sont aussi des citoyens, des voisins, des bénévoles, des parents, des personnes qui ont des talents et qui peuvent, à leur tour, apporter quelque chose aux autres. Vincent de Paul ne parle non seulement de ce dont les personnes et les organisations ont besoin, mais aussi de ce que nous pouvons faire les uns pour les autres.
Nourrir, et bien plus encore
Vincent de Paul est au plus près de la réalité quotidienne de la pauvreté et de la précarité, dans les villes, les quartiers et les villages de Belgique. Avec 283 associations locales et plus de 6.500 bénévoles, le réseau est un acteur important de l’aide matérielle dans notre pays.
Les associations affiliées sont également parmi les principaux distributeurs de denrées provenant des Banques alimentaires belges et des moyens européens du FSE+. D’accord, l’aide alimentaire est une réponse d’urgence. Elle ne résout pas la pauvreté. Mais la faim d’aujourd’hui n’attend pas les politiques de demain. Comment expliquer que près d’un cinquième de la population belge a aujourd’hui recours à l’aide alimentaire ?
Vincent de Paul se réjouit dès lors de pouvoir compter sur les organisations qui sensibilisent, manifestent et interpellent les responsables politiques pour faire avancer les solutions structurelles. Une protection sociale forte, des logements abordables, un enseignement de qualité et un accès aux soins de santé restent indispensables. Mais toutes les réponses à la pauvreté ne peuvent pas commencer par se demander ce que les pouvoirs publics devraient encore prendre en charge.
En tant que mouvement citoyen, Vincent de Paul choisit le rôle de partenaire complémentaire des pouvoirs locaux, proche des personnes et du terrain. Cette collaboration ne va toutefois pas de soi. L’augmentation des demandes d’aide, la complexité croissante des situations, la hausse des coûts et la pression qui pèse sur les bénévoles fragilisent également le tissu associatif.
Et pourtant, chaque jour, des milliers de bénévoles et de donateurs privés continuent à prendre leurs responsabilités. Simplement parce qu’une société est aussi faite de personnes qui prennent soin les unes des autres. L’essentiel est de créer du lien et de permettre à chacun de prendre sa place.
Le Community Lab : de la participation à l’émancipation
C’est dans ce contexte que Vincent de Paul a organisé, avec entre autres l’Université de Mons, son Community Lab : une réflexion citoyenne réunissant vingt participants – bénévoles, accompagnateurs et personnes qui ont recours ou ont eu recours à l’aide sociale.
Pendant deux jours d’immersion, les participants ont travaillé autour d’une question centrale : Comment faire en sorte que les personnes qui reçoivent aujourd’hui de l’aide puissent demain jouer elles-mêmes un rôle actif, au sein de l’association comme au-delà ?
Il ne s’agit pas simplement de donner la parole aux personnes en situation de pauvreté parce que cela semble socialement correct. Il s’agit avant tout de regarder avec un oeil critique le fonctionnement quotidien et le rôle de nos propres associations. Comment valoriser et rendre pleinement agissante l'expérience du vécu ainsi que la pair-aidance, soit le soutien mutuel entre personnes ayant traversé des épreuves similaires ?
Cela paraît simple. En pratique, cela suppose de faire évoluer notre regard sur la relation entre bénévole et bénéficiaire. Lorsqu’une personne se rend, par exemple, dans une épicerie sociale, elle est aujourd’hui avant tout considérée comme quelqu’un qui a besoin d’aide.
Le Community Lab inverse la perspective. Que pourrait cette même personne apporter demain aux autres ? Accueillir de nouveaux visiteurs ? Devenir une personne de confiance ? Participer à la réflexion sur le fonctionnement de l’association ? Entrer en contact avec d’autres personnes ayant vécu une expérience similaire, comme pair-aidant ? Devenir elle-même bénévole ? C’est là que commence la participation.
Le bénévolat permet de reprendre confiance et de prendre des responsabilités. Il permet aussi d’acquérir des compétences, de l’expérience et de nouveaux contacts. Il peut constituer un tremplin vers la formation, l’activation et, à terme, l’emploi. Mais comment aller plus loin ? Comment donner envie de s’engager aussi au-delà de l’environnement sécurisant de l’association locale ? C’est plus que de la participation. C’est de la citoyenneté. C’est de l’émancipation.
Pair-aidance, participation et émancipation : le Community Lab s’articule autour de ces trois axes. Ainsi, Vincent de Paul contribue – consciemment ou non – à un objectif que les politiques publiques cherchent elles aussi à favoriser : moins de dépendance, davantage d’autonomie. Et surtout, davantage de possibilités pour chacun de retrouver pleinement sa place et sa capacité à contribuer à la société.
Regardez l’aftermovie du Community lab via https://fr.vincentdepaul.be/community-lab